samedi 18 février 2012

Les fourmis - Boris Vian

Première lecture pour le challenge petit Bac spécial "Bison Ravi" que je voulais faire depuis l'an dernier. Il faut dire que je n'ai plus lu de Vian depuis euh.. ma première année de fac, ça remonte donc à une bonne quinzaine d'années, de mémoire j'avais bien aimé L'Ecume des jours, Vercoquin, et les pièces de théâtre. Sans parler des chansons ( ha, la java des bombes atomiques!). Ce sera donc un défi relecture en grande partie, mais aussi découverte, et en l'occurrence, les Fourmis attendaient depuis très longtemps que je me décide à le lire.

Le recueil compte donc 11 nouvelles ( et question titres animaliers, je suis servie: fourmis, écrevisse, poissons, chat, oie sont au menu de ces textes). Et comme souvent pour les nouvelles, difficile de donner un avis global, car toutes ne se valent pas, même si le fil rouge pourrait être " c'est l'histoire d'un type qui n'a pas de chance", l'impression finale est assez mitigée.

- Les fourmis: La guerre vue de l'intérieur par un soldat -un peu benêt, certes. Je n'ai pas tellement apprécié ce ton faussement détaché de l'écriture, qui casse un peu l'impact du sujet, enfin, à mon avis. Mais la chute est bien trouvée.
- Les bons élèves: nous narre les mésaventures de deux "élèves fliques. Le lieu n'est pas précisé mais correspond à peu près à n'importe quelle dictature moyenne. Cette fois le ton est un peu plus mordant et j'accroche mieux.
- Le voyage à Khonostrov: Un wagon dans un train, six personnes dans le wagon, Cinq d'entre eux sont d'incorrigible bavards, le sixième est mutique. Les 5 premier entreprennent de le faire parler avec des méthodes dignes du KGB. De mon point de vue, la plus mauvaise nouvelle du recueil: la dénonciation est très appuyée ( même si tout le monde a un nom bien franchouillard, les noms de lieux sonnent russe et on compte les distances en verstes... un peu trop téléphoné, pas assez subtil). En plus je m'attendais à une autre chute, celle retenue par Vian me paraît plate, et du coup je me sens flouée.
- L'Ecrevisse: Un musicien malade garde la chambre, ce qui en temps de guerre - ou de restriction, est une catastrophe pour lui. Peu à peu, une idée obsessive s'empare de sa cervelle fiévreuse: combien pèse sa tête? Mouais, là aussi, je n'accroche pas: logeuse obsédée sexuelle, détails absurdes mais qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Je cherche encore le sens de ce texte. Moins ennuyeux que le précédent, mais j'ai envie d'ajouter " oui, mais?"
 - Le plombier: Un type qui n'a rien demandé voit un jouer débouler un plombier qui démonte sa salle de bain en critiquant l'installation pour la refaire à l'identique, avant de se rendre compte de sa méprise. Haaa je retrouve le Vian absurde que j'apprécie, de la fantaisie, mais un peu mieux maîtrisée (je ne sais pas si elles sont classées par ordre chronologique).
-La route déserte: Enterrement de vie de garçon du héros qui va se marier quelques jours après. Mais que fait sa promise pendant ce temps? On suit en parallèle la journée des deux protagonistes, jusqu'à la chute cynique. Au passage, je souligne le manque d'intérêt du personnage féminin: Noémi est désolante. Tout ce qu'on sait d'elle c'est qu'elle est jolie, qu'elle a des cheveux roux et des yeux noirs, qu'elle pleurniche en lisant la vie de Sainte Elisabeth et à tout propos d'ailleurs et.. ha oui qu'elle est jolie. Du coup, Vian peut bien lui faire subir n'importe quel sort, la nouvelle est trop courte pour qu'on puisse s'attacher aux personnages - c'est idiot, mais c'est surtout dans celle là et le voyage que cette impression est la plus marquée.
- Les poissons morts: un employé exploité , humilié par son monstre de patron  se décide à le tuer. Malheureusement pour lui,il tarde trop à se décider, et quelqu'un d'autre passe à l'action avant lui. Bizarrement, cette histoire de harcèlement au travail, bien que dans un cadre absurde, tient toujours la route à notre époque ( qui n'a jamais été exploité à un moment par un petit chef?)
- Blues pour un chat noir: Un soir, Peter Gna ( un personnage qui réapparaît dans un rôle secondaire dans Vercoquin) fait la connaissance d'un chat, ancien combattant des FFI (forces Félines de l'intérieur, je suppose? )qui lui raconte ses aventures en picolant - d'où le chat "noir". Drôle et enlevé.
- Le brouillard: le brouillard est dans la tête d'André, un pauvre type rendu passablement zinzin par un tir de DCA près de chez lui, et depuis lequel il fait une fixation sur la pendule de son voisin. A tel point que son monde s'écroule lorsqu'il entend que son voisin va s'en débarrasser. Curieux, mais intéressant. En fait le thème de la guerre, de l'occupation et des restrictions resurgit dans la plupart des textes, je suis sure qu'il y aurait là une piste à creuser pour une étude plus poussée (le recueil a été publié en 1949, les nouvelles en portent logiquement la marque)
-L'oie Bleue : on connaît bien l'oie blanche, et bien l'oie bleue, c'est presque la même chose: deux copains - le naïf Olivier, et Le Major, le fêtard incorrigible qui reviendra aussi dans Vercoquin -  en partance pour Carcassonne prennent en stop une femme et décident de passer les vacances en sa compagnie. Mais le timide Olivier n'arrive pas à se décider à la draguer. Voilà! On y est, le Vian de l'Ecume est là, avec une histoire simple, estivale, les personnages sont mieux caractérisés et donc on peut prendre Olivier en sympathie et compatir a ses hésitations. En plus cette histoire là n'implique ni la mort, ni le suicide de quiconque, ça fait du bien.
- Le figurant: la nouvelle la plus longue ( et donc, comme dans la précédente, le lecteur se sent un peu plus concerné par les héros), nous raconte une week-end de tournage d'un film, vu par un figurant, qui semble bien être le seul content de son métier. L'ambiance survoltée et les longues minutes d'attente sur le plateau, l'agitation des techniciens, tout est bien rendu, et du coup, je considère que c'est la plus réussie de toutes.

Au final, j'ai eu du mal a accrocher aux premiers textes ( il faut dire que je les ai lus, enfin, les 3 premiers, dans des circonstances un peu étranges), mais heureusement, les meilleurs sont vers la fin, j'ai donc pu finir le livre sans trop me forcer, mais évidemment, tout ça n'est pas du niveau des romans. Je les avais aimés il y a longtemps d'ailleurs, mais du coup j'ai un doute: est-ce que je les apprécierai autant en relecture? Ou est-ce qu'avec le temps passé, mon regard aura trop changé pour les apprécier encore?
Petit Bac spécial Vian: catégorie Animal, les fourmis
et aussi, juste à temps:

1 commentaire:

  1. Moi qui adore les nouvelles, vu ton avis mitigé, je ne lirai certainement pas celles-ci. Je n'ai jamais lu Boris Vian non plus... honte à moi!
    Merci pour ton passage sur mon blog! Bonne continuation :)

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