mercredi 6 février 2019

Les eaux printanières - Ivan Tourgueniev

Et donc, après une première tentative mi figue mi raisin en octobre, je retente le coup avec cet auteur classé 5° sur 112 dans la liste des meilleurs auteurs de ce site ( liste évidemment totalement partiale puisque faite par les créateurs du site).

Hop, c'est parti pour les eaux printanières,avec un peu d'avance sur le printemps, mais ce mois ci, le challenge classique met les ouvrages courts à l'honneur... - de 150 pages, celui-ci en compte 126, donc c'est tout bon!
Et donc, je continue mon hiver russe tranquillement.

Je ne sais pas pourquoi mais je m'attendais en fait à ce que ce soit de la littérature un peu "gentillette", fleur bleue, pour midinettes ( peut être à cause du résumé en 4° de couverture), il n'en est rien, il y a un certain humour assez sarcastique dans cette histoire, et  l'évolution comme la conclusion  sont particulièrement cruelles.
Je ne sais pas si le côté sarcastique était  déjà le cas de l'écriture en VO ou  si c'est un parti pris de la traduction, j'avais déjà dit ça pour " Les fantômes", mais vu que ça se retrouve ici, je penche pour un côté sarcastique d'origine. J'aime ça!


Dmitri Pavlovitch Sanine, un quiquagénaire désabusé ( quasiment un petit vieux, selon les critères de 1870), sans famille et sans vrais amis,  prend soudainement conscience de la tristesse et de la vacuité de son quotidien, et du fait qu'il a raté sa vie. Il retrouve presque par hasard un bijou oublié au fond d'un tiroir qui lui rappelle un amour de jeunesse, et le moment où, justement, les choses ont mal tourné pour lui.

A 20 ans et quelques, naïf, idéaliste, plutôt charmant dans le genre blondinet nordique, alors qu'il s'apprêtait à rentrer chez lui après un long voyage, de ceux qui formait la jeunesse des nobles et/ou riches messieurs du XIX°siècles, il a rencontré la brune italienne Gemma en Allemagne.

Gemma est de condition modeste, jolie évidemment, on est dans un roman du XIX° siècle quand même, le mignonnet héros ne va pas s'éprendre d'une mocheté, mais, bonne surprise: dotée d'un caractère bien trempé, et d'un sens de l'humour solide ( Ouf, du coup on évite, l'histoire d'amour avec une potiche dont le côté décoratif est le seul atout, ce genre de chose gave terriblement la femme du XXI° siècle que je suis, quand l'héroïne a autant de personnalité qu'une boîte vide, mais joliment enrubannée)

Mais hélas, elle est fiancée à un homme bien sous tout rapports, plutôt aisé, le gendre idéal...  et aussi terriblement ennuyeux, vaniteux et imbu de sa personne. Gemma a vite fait d'envoyer bouler ce fiancé encombrant, et Dmitri de prendre la place vacante sauf que...
Pour épouser la fille, il faut de l'argent, pour avoir de l'argent, il va devoir vendre la propriété dont il a hérité. La providence - ou plutôt la malchance- lui fait rencontrer Ippolit, un ancien camarade d'école, un type d'une banalité affligeante, mou, qui passe sa vie à manger et dormir, et paradoxalement flanqué d'une femme raffinée, élégante, très riche et douée pour les affaires. Dmitri envisage donc de vendre sa propriété à la richissime Maria Nikolaïevna, mais évidemment, les choses ne se passent pas comme sur des roulettes, et Dmitri, âme pure et innocente, est loin de se douter qu'il est le jouet d'Ippolit et Maria, couple d'apparence si peu assorti, mais parfaitement harmonisé sur le terrain de la manipulation.

J'ai bien aimé les petits traits d'humour: un vieux chanteur italien en retraite qui ressemble trait pour trait à son caniche, la famille d'italiens expatriée en Allemagne, qui sait à peine où se trouve la Russie et pose des questions de touristes naïfs (s'imaginant que le pays n'a pas d'été et est perpétuellement pris dans la glace), un duel un peu ridicule qui parodie ouvertement celui d'Eugène Onéguine, la veuve qui passe son temps à dire " haaa, si feu mon mari était là" et fait des montagnes de tout, absolument tout, le commis de magasin compassé et imbuvable...et bien sûr Dmitri, adorable et naïf jeune premier, mais impulsif capable de coups d'éclats inattendus, tous ces "types" sont plutôt finement croqués.

Mais surtout Ippolit et Maria sont des personnages assez inattendus par rapport au reste. Pervers et cruels sous leur apparence de type mou et de femme d'affaire.
Cette perversion et ce décalage avec le gentil héros est étonnante et rend les choses plus intéressantes que ne laissait paraître le récit de cette histoire d'amour a priori légère et fraîche, mais sans grand enjeu. On ne fait pas un récit marquant avec des gens qui sont heureux et pour qui les choses se passent bien. Et voir soudain le scénario prendre un tour surprenant ( même si je l'ai vu venir, progressivement, sans deviner par contre les motivations de chacun) ça fait très plaisir.
Et la conclusion est quand même assez étonnante, à se demander si le héros retrouve une seconde jeunesse et un peu de ressort, ou s'il fonce droit dans un mur magistral. En tout cas, je trouve intéressant de voir que l'âge du héros au début de l'histoire correspondant assez à celui de l'auteur. Est-ce que c'était pour lui une occasion de se donner une deuxième chance fictive et littéraire suite à une déconvenue personnelle?

Donc voilà enfin un contact assez réussi avec l'auteur. J'ai quelques autres lectures possibles et je continuerai donc après cette jolie surprise.

mois du court!


2 commentaires:

  1. Voilà qui donne bien envie de découvrir ce récit! Ton billet est un régal à lire avec tes remarques placées ça et là, j'adore!
    Merci pour cette (nouvelle) participation! Grâce à toi, je ne fais que des découvertes!

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  2. Il à l'air amusant ce roman ! ça me tente bien...

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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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Bonne lecture