Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter

vendredi 27 juin 2025

Contes anglais ( anthologie)

 Et hop, une lecture rapide et imprévue, puisque j'ai réussi a trouver cette petite anthologie ce matin au travail.



Des contes anglais, pour la plupart collectés au XIX° siècle par Joseph Jacobs. Natif d'Australie, mais venu étudier en Grande-Bretagne où il s'est pris de passion pour les récits folkloriques, il a réalisé à peu près le même travail que les frères Grimm en Allemagne dans son pays d'adoption. Pas surprenant en soi, puisque l'ancienneté des contes fait qu'on retrouve toujours les mêmes schémas, et ce surtout quand on compare des variantes dans une même aire linguistique et culturelle ( ici européenne, les liens peuvent être trouvés via l'antiquité grecque et romaine, et en remontant encore dans le temps, dans toute la zone indo-européenne, sous des formes plus éloignées. Mais là, Angleterre et Allemagne du XIX° siècle, on est pile dans une même tradition germanique, et certains de ces contes sont simplement des variantes anglaises, mais transparentes, de contes germaniques.

Tom Tit Tot est ainsi à peu de chose près la même histoire que Rumpelstiltskin, lutin qui aide une femme condamnée par son mari à sauver sa peau en accomplissant une action surhumaine. Dans la version allemande, le femme doit deviner en 3 essais le nom du lutin, sous peine de le voir partir en emmenant son enfant, si elle ne le trouve pas. Ici, elle a droit a 3 essais par jours , pendant un mois, mais c'est elle qui devra partir avec le lutin si elle échoue.
Dans les deux cas, elle réussit, mais je me demande si c'est quand même une bonne idée de rester avec un mari certes riche, mais qui te menace de mort si tu ne fais pas ce qu'il demande, et surtout si sa demande est extravagante, voire irréalisable exprès POUR te piéger.

Catskin est une sorte de mélange entre Peau d'âne et Cendrillon. Un lord déçu de la naissance de sa file parce qu'il voulait un garçon, la.. punit d'être une femme. Il se débarrasse d'elle en voulant la marier au premier venu, ce qu'elle refuse. Une fée lui vient en aide lui conseillant de demander une robe de fils d'argents, puis de fils d'or, puis de plumes d'oiseaux exotiques en échange de son accord. Mais refusant encore elle devra partir à l'aventure, emportant ses beaux vêtements , et vêtue d'un manteau en peau de chat. Après avoir trouvé un emploi de servante chez le roi voisin, où elle est moquée pour sa dégaine et ses fringues en peaux de chats, arrive le moment " Cendrillon", puisqu' effectivement, elle se présente propre et richement vêtue au bal organisé par le roi. Qui ne la reconnaît pas et va donc organiser d'autres bals pour la retrouver. Evidemment la morale est que... si tu acceptes que ton père te méprise et que tu prends n'importe quel bullshit job sans râler, la chance finira par arriver, et tu deviendras une star? ( oui je reformule, mais c'est à peu près ça que je comprends). Bon j'ai rempli les 2 premières conditions, mais mon destin ne se presse pas à faire de moi un reine riche et célèbre. C'est parce que je n'ai pas de manteau en fourrure de chat, à tous les coups, c'est pour ça.

Guenille est aussi une variante de Cendrillon: une petite fille délaissée, surnommée Guenille (forcément jolie et de bonne famille, quand même, son grand père est le lord de Colchester) qui, parce qu'elle est gentille, reçoit l'aide d'un gardeur d'oie ( pour une fois la fée est un homme) lequel va lui permettre de monter tout en haut de l'échelle sociale en épousant le roi du coin. A sa place j'aurais choisi le fermier-magicien, qu'elle connaissait depuis toujours et avec qui elle avait une relation amicale, plutôt que le mec riche qu'elle ne connait pas. En plus il sait faire de la magie...euh... avec sa flûte, et cette phrase sonne bien plus ambiguë qu'elle ne l'est. En fait il joue du pipeau, et tout devient idyllique. Et cette phrase sonne bien plus politique qu'elle ne l'est, cette fois.

On continue avec une nouvelle fois, un chat, ou plutôt une chatte. Celle d'un orphelin nommé Whittington, parti tenter sa chance à Londres " ville ou les pavés sont d'or" et qui tombe de haut. Les pavés sont des pavés en pierre, banals et boueux. Il trouve une place de marmiton chez une lord, dans une ambiance qui a du inspirer Dickens, vu comment il est martyrisé par la cuisinière et les autres serviteurs. Comme le grenier où il loge est envahi de rats, il adopte une chatte qui s'avère une alliée précieuse par son talent pour la chasse aux rats Lorsque son employeur part en bateau faire du commerce, il emmène entra autre la chatte avec lui, qui fait merveille en débarquant dans un lointain royaume infesté de rats. affaire conclue, les souverains paient une avance considérable pour acheter les futurs chatons de la minette. Au retour, l'employeur, qui lui n'est pas une gros rat, verse la somme à Whittington. Sa fortune étant établie, il peut rêver à un meilleur avenir, et même à devenir lord-maire pour 3 mandants, comme il en a rêvé. Tout ça grâce à un chat.

Jack et le haricot géant, alors là, on a LE best seller des contes anglais ( ou on retrouve quand même une géante cyclope qui semble descendre de Polyphème, ce qui suggère que l'histoire a des racines tr-s ancienne et encore plus profondes que celles du haricot géant): Usurpation d'héritage, quête où il faut subtiliser 3 objets magique a celui qui les a volés pour reprendre ses droits, géants qui sont aussi des ogres, échange d'un objet précieux contre quelque chose qui  a première vue ne vaut rien ais s'avère magique, on a une grande partie des thèmes habituels des contes.

Les trois têtes du puits me rappellent quelque chose, j'ai déjà lu cette histoire textuellement mais je ne sais plus si c'était chez Perrault ou chez Grimm: la rivalité entre la fille d'un premier mariage, forcément jolie mais détestée par sa belle-mère et la fille de celle-ci, forcément moche mais choyée. La première vit comme une miséreuse, mais accepte de partage son pain son fromage et sa bière avec un vieux vagabond ( y'a toujours des vieux dans les histoires, c'est tellement mystérieux! dédicace à Sire Perceval). Bonne action qui sera récompensée. Tandis que lorsque la seconde, habituée à ce que tout lui soit acquis, elle envoie bouler le manant , et c'est la déchéance qui l'attend. La bonté récompensée, un grand classique. La différence est qu'il y a plus d'hommes magiciens dans les contes anglais ici collectés, sur le continent, ce sont plutôt des fées qui aident les héros/ héroïnes.

Kate Noisette
est une autre histoire de demies-soeurs, mais qui s 'entendent bien. Kate n'est pas définie comme jolie (!), alors qu'Anne l'est. La mère de Kate entreprend donc de faire jeter un sort sur la demie-soeur de sa fille qui se retrouve dotée d'une tête de mouton, pour que la différence mette Kate en valeur. Donc Kate et sa soeur moitié brebis partent, en quête d'une remède pour Anne. Quête qui les emmène dans un château dont le propriétaire  est lui aussi victime d'un sort. Mais Kate est maligne ( et intéressée, vu le pognon qu'elle demande) et en cherchant à lever le sort du châtealain, elle trouve ( subtilise) le moyen de lever les deux enchantements. YAY! enfin une histoire de femme qui se distinguent plus par ce qu'elle a dans la tête que par son jolis minois, et qui n'a pas peur de proposer une offre digne du marraine de la mafia, et de voler des objets magiques au fées.
Go Kate, tu es la championne!

Jack et la tabatière en or. Là aussi ça me rappelle vaguement pas mal d'histoires ( mais si on en croit la classification d'Arne Thompson- Popp, les contes tournent vite autour de types bien définis), par contre au niveau de la narration, c'est du freestyle.
Jack qui vit en forêt décide l'aller voir le monde. il est maudit par sa mère ( et ça ne resservira plus jamais, paye ta fausse piste) mais son père lui donne une tabatière qu'il ne devra ouvrir qu'en cas de danger imminent. Ce qui se produit assez vite: il arrive chez un lord qui l'héberge, mais demande en échange des choses absolument grotesques ( un lac à 8h00 du matin pétantes, devant sa porte, avec dessus une armada de navires de guerre tirant une salve dont le dernier boulet casse le pied du lit de sa fille et la réveille). Donc ouverture de la tabatière, aide de lutins, miracle, mariage avec la fille.. Mais cette fois on exige du lui un château monté sur 12 piliers d'or. Re miracle, Jack devient riche, célèbre, etc.. mais oublie sa tabatière, après tout plus besoin il est riche, richement marié, apprécié de tous enfin, croit-il. Or un jour que tout le monde est parti, le valet de chambre trouve la tabatière et demande aux lutins de téléporter le château et tout ce qu'il contient sur un autre continent. Jack se voit accorder un an pour retrouver et ramener le château, sinon couic! Et donc QUETE! Qui va faire intervenir le roi des souris, le roi des grenouilles, le roi des oiseaux ( tous cousins, ... bon ce n'est pas en fait 100% délirant si on remonte suffisamment haut sur le cladogramme d'évolution des vertébrés) pour retrouver le château disparu qui va être re-téléporté en plusieurs étapes. Cette histoire est quand même extrêmement barrée, donc drôle.

Et je note que contrairement aux versions françaises, là, c'est au lecteur de se faire sa conclusion ( et donc ma lecture de Catskin est valide!), il n'y a pas de lourd soulignement que la gloire est vaine et instable, qu'il faut être généreux si on veut grimper l'échelle sociale...et qu'il faut se méfier des cuisinières Catskin comme Whittington étant pris pour cibles par des cuisinières.

Donc petite lecture rapide et bien sympa et .. pas l'ombre d'un sujet LGBT cette fois, les contes sont assez peu ouverts à ces sujets. Les hommes se marient avec des femmes et inversement, les vieux avec des jeunes et... les vieilles (celles qui ont plus de 25 ans donc, date de préemption sociale et matrimoniale des femmes oblige) avec des vieux ou personne, pas de gigolos non mais ho! 
Et si on accepte les mariages entre différentes couches sociales, il faut que ce soit entre gens beaux et riches, ou beaux et détenant un moyen de s'enrichir rapidement. Désolée les moches, vous resterez moches ET pauvres, de toute façon en vertu de la règle grecque antique beau = bon = honnête  et moche = mauvais = malhonnête, vous êtes destinés à être les bad guys/ girls des contes.
De ce point de vue, peu importe où on va sur cette terre les contes sont irrémédiablement sexistes.

jeudi 26 juin 2025

Sunday, Bloody sunday / Un dimanche comme les autres ( film 1971)

 

Avant d'entrer dans le détail de ce film, il a fait surgir dans ma mémoire une anecdote, concernant un autre film, d'un autre style mais tout aussi anglais, et dont il m'a fallu fouiller pour retrouver le titre.
Histoire de voir à quel point les choses ont évolué en 40 ans.

Il s'agit de  "Meurtre", film d'A. Hitchcock de 1930, que j'ai vu quand j'étais ado.

Il faut se mettre en tête que je suis quelqu'un d'absolument rationnel, qui ne comprend pas le principe de tabou, et est absolument nulle pour comprendre les euphémismes. Je viens d'une famille où on a toujours appelé les choses par leur nom, et je passe pour une lourdingue a ne pas comprendre les sous-entendus qui sont pourtant clairs au commun des mortels. Apparemment je dois être un peu neurodivergente, et donc les implicites me passent au dessus.
Ce qui m'a marqué dans ce film, c'est qu'à un moment, une femme dit qu'elle ne peut pas se marier avec l'homme qu'elle aime, parce qu'il est... métis.
Moi à 13 ou 14 qui bloque parce que c'est absurde " J'ai compris ou pas? Non parce que je ne vois pas en quoi ça rend la chose impossible. Socialement compliquée, oui, et il faut s'attendre à des critiques, mais je ne pense pas qu'il y avait une loi contre les mariages avec des étrangers en 1930 en Angleterre. D'ailleurs s'il est métis, c'est bien qu'il a des parents qui s'en contrefoutaient" Je rembobine la cassette vidéo et réécoute: "ok, j'ai bien compris, il est métis et apparemment, ça rend le mariage impossible. Si elle avait dit " je ne peux pas me marier avec lui, parce qu'il est déjà marié", là c'était logique, c'est illégal d'être bigame. Mais il peut toujours divorcer..." 
Donc vu que c'est un film anglais, j'ai pensé que la traduction était moisie parce qu'il fallait que ça cadre avec le mouvement de lèvres, et que le gars devait être plutôt étranger irrégulier, ou bigame.

Il a fallu l'arrivée de l'internet pour que je comprenne la chose. Ni l'un ni l'autre.

Dans le contexte, " il est métis" était un euphémisme pour ne pas dire " il est homosexuel". Et là ça devient logique. Il y a peu de chance que le gars soit enthousiaste sauf s'il cherche à rester au placard et s'arrange avec une femme célibataire, pourquoi pas lesbienne, pour sauver socialement la face. Donc ha.. oui, ça ne rend pas la chose impossible non plus en fait. Peu probable mais pas impossible.

Dans le contexte, "Je ne peux pas me marier" était un euphémisme pour "je ne peux pas coucher avec lui" ( par contre s'il est hétéro, marié et infidèle ben , c'est possible. Pas super moral mais possible.
 " Je ne peux pas coucher avec lui parce qu'il est homosexuel" , là, la phrase et la situation ont un peu plus de sens ( enfin, techniquement, si, tu peux, mais ce ne sera probablement pas un grand moment de kif pour tous les deux)

Comment vous voulez que je devine ça toute seule, moi, qui ait grandi dans les années 80, qui n'emploie pas d'euphémismes sortis de nulle part, et qui considère l'homosexualité comme une variante  totalement valide, sérieusement?!
Autres temps autres moeurs.
Et surtout évidemment hétéro ou homo ne sont pas les deux seules possibilités, il y a au moins une autre solution très connue, qui est .. tada! la bisexualité! Oui je sais, révélation de dingue, des gens n'ont pas de préférence, c'est incroyable.


Fin du préambule. Revenons à notre foutu dimanche, et là, pas d'euphémisme ( même si les termes homosexuels ou bisexuels ne sont jamais prononcé, ce qui est intéressant, parce que si ça a choqué du point de vue des spectateurs, du point de vue des personnages, c'est un non-sujet). 

Je parlais de Murray Head il y a quelques jours et en cherchant l'autre versant de sa carrière, c'est-à-dire dire ses prestations en tant qu'acteur, j'ai trouvé un scénario correspondant pile à ma thématique involontaire de ce mois. Allez, go, c'est celui-là que je dois voir!


Et là, 40 ans plus tard, on a donc un film qui met en scène ouvertement, sans  un triangle amoureux, entre un homosexuel bien planqué dans son placard, mais pas refoulé pour autant ( sa position sociale  et son obédience religieuse font qu'il risquerait gros si ça se savait), une femme hétérosexuelle et divorcée, et un homme bisexuel. Tout le monde est parfaitement au courant de cet arrangement, s'en accommode faute de mieux, et dans le fond, c'est une solution pratique qui comble les besoins, et avant tous les besoins de tendresse de chacun. 
Donc il y a d'un côté, Daniel, Médecin quinquagénaire, juif pratiquant ( deux deux ou trois bonnes raisons de rester au placard dans les années 1970 ( l'homosexualité a été dépénalisée en 1967 SEULEMENT en Grande Bretagne), son quotidien n'est pas passionnant entre patients hypocondriaques, dépressifs et épidémies de varicelle. Sa famille l'enjoint de se trouver une femme, il est plus que temps blablabla...
De l'autre, Alex, femme divorcée, trentenaire, névrosée (sa jeunesse pendant la seconde guerre mondiale a laissé des traces et le bordel dans sa cuisine n'est que le reflet du bordel dans sa tête). Sa mère l'enjoint à se retrouver un homme n'importe qui, le mariage n'est pas une histoire d'amour de toute façon, ton père et moi, blablabla.
Et entre les deux, il y a Bob, sculpteur contemporain. Bob est charmant. Vraiment. D'abord physiquement, avec sa bonne bouille, ses grands yeux marrons, son joli sourire. Et mentalement, avec ses manières douces et son insouciance. Bob est un hippie, prônant la non-violence, l'amour libre et qui est absolument opaque à la notion de propriété (clairement, mon genre de gars!). Et il sort avec les deux esseulés qui se partagent son temps (j'ai vu un commentaire assez drôle " ils ont un petit ami en garde alternée un dimanche sur deux" c'est à peu près ça!). Alex et Daniel ne se sont pas rencontrés mais savent chacun qu'ils n'ont ni n'auront jamais l'exclusivité de leur galant commun, donc autant s'en accomoder.  Quelqu'un qui est libre comme l'air ne se laissera pas enfermer, essayer de le " privatiser" aurait précisément le résultat inverse. En gros, Bob est un chat. Il est affectueux, mais sort et rentre quand il veut, préfère se planquer quand il y a des conflits, ou que ses "maîtres" commencent à être trop possessifs. Il n'a pas une once de méchanceté, ni de manipulation, c'est simplement un indépendant, qui mène sa vie comme il l'entend, et les standards sociaux ne s'appliquent pas à lui (décidément, mon genre de gars, je vous dis!)

Et on suit ce trio dans leur quotidien banal pendant une dizaine de jours. Ne cherchez pas, il n'y a pas d'action, pas de gros rebondissement  pas de coup de théâtre, c'est un film sur... l'attente. La banalité d'un quotidien pas franchement palpitant, où on attend que les choses se passent.

Et surtout on n'y juge pas. 
Un homme est homosexuel, bon c'est comme ça.
Un autre est bisexuel? Ben ça arrive.
Une femme divorcée est en relation libre avec un homme? La belle affaire.
On pourrait avoir un classique triangle amoureux ou un homme hésite entre deux femmes, une femme entre deux hommes, que ce serait pareil au niveau du scénario. Sauf que, on est en 1971, et pourtant socialement il n'est pas encore acceptable d'être ouvertement LGBT, mais pas plus de vivre en relation libre sans intention de légaliser la chose. En fait, avec le recul, ces 3 là sont, malgré leurs casseroles, bien moins malsains que le couple de hippies avec leurs 5 enfants insupportables que Bob et Alex doivent babysitter l'espace d'un Week-End ( n'importe qui de sain d'esprit aurait envie de s'enfuir très vite et très loin). Si si, les gosses de moins de 10 ans on trouvé la réserve de de beuh de leurs parents et se roulent des joints. C'est plus chelou à mon sens que deux hommes adultes et consentants qui se roulent une galoche à l'écran, et pourtant, c'est bien ça qui a fait scandale à la sortie*

Donc si le propos paraît banal aujourd'hui, il était novateur en 1971, dans le sens où il normalise absolument les choix de ses personnages. Sans jugement, sans en faire de drame, sans chercher à résoudre un problème qui n'existe pas.

Au contraire, il montre que des comportements alors socialement " déviants" ( homosexualité,  bisexualité, divorce, relation libre...) assumés sont plus heureux  que ceux socialement valorisés ( parmi les autres exemples,  on voit une famille nombreuse débordée par des enfants  en roue libre, une femme dépressive qui s'est mariée parce que c'est ce que tout le monde fait, des mariages arrangés sans amour par ce que c'est ce qui est attendu dans leur milieu social ou religieux, un homme qui n'arrive pas à être honnête et dire à sa femme qu'il a été licencié, un hypocondriaque qui travaille trop et est au bord du burn-out...). Mieux vaut-il suivre son instinct et suivre sa voie ( y compris professionnellement : partir au bout du monde, plaquer un travail insatisfaisant, aider un collègue à  changer de job ou enfin prendre des vacances) et être plus ou moins heureux, ou suivre celle socialement valorisée et être pleinement malheureux? 

 Et c'est exactement pour ça que je l'ai choisi, parce qu'en 2025, il faut continuer à marteler ça: les choix de vie des autres ne nous regardent pas, et non il n'y a pas de "normalité", mais plutôt un panel de possibilités. Du moment que tout le monde est adulte et  consentant, que personne n'use de chantage, de menace ou de violence sur personne, c'est ok. Au contraire, ce qui ressort c'est surtout la tendresse en contrepoint à une vie moche, dans une Angleterre en crise sociale. En dépit de la situation "ménage à trois", qui devient difficile a supporter pour Alex . Mais elle a la sagesse de reconnaître que c'est elle qui est en cause, Bob a été honnête sur la situation, elle a accepté un marché qui ne lui suffit plus. Un autre homme la courtise, elle aimerait que Bob soit jaloux, veuille l'exclusivité... or il en est bien incapable, ce n'est pas dans sa nature de hippie. Et dans le fond, c'est exactement ça qui lui plait chez lui: sa liberté et son insouciance, ce dont elle manque cruellement, et qui manque aussi à son milieu social rigide. Pour Daniel aussi, Bob est une bouffée d'air frais hors de son milieu social bourgeois ( et religieux, il se revolte a sa manière: bien que juif officiellement pratiquant, il a decoré son domicile d'icônes). Bob et son art sinueux, mouvant, ses spirographes toujours en mouvement comme lui... évidemment que quelqu'un qui ne sait pas rester en place ne restera pas longtemps auprès de gens qui sont dans une impasse, c'est à eux de résoudre leurs propres dilemmes. 

Il est réalisé par John Schlesinger qui n'a fait quasiment que ça de toute sa filmographie: mettre en scène des gens différents sans les juger, son film le plus connu étant  Macadam cowboy qui met en scène UN prostitué en 1969.
Le film, bien qu'un peu oublié a pourtant été bardé de prix en Grande-Bretagne comme a l'étranger. Je connaissais un peu l'actrice, Glenda Jackson, qui est excellente, mais pas du tout Peter Finch, et il est extraordinaire. il va falloir que je fouille aussi sa filmographie.

* Pour info, les deux acteurs sont hétérosexuels, mais ont pris la chose comme étant des rôles. A priori, dans une carrière d'acteur, il y a pas mal de moments où ils doivent embrasser quelqu'un qui ne leur plaît pas, voire qu'ils détestent. Par contre l'anecdote de tournage du principal intéressé est assez drôle, même si ça a entravé sa carrière filmique pendant quelques années c'était assez culotté (ou déculotté pour le coup).
Et c'est toujours un plaisir de l'entendre raconter ça avec son humour sarcastique, son franc-parler, et son français magnifique.


dimanche 22 juin 2025

Mois anglais disque de la semaine 4 - Goodbye Yellow Brick Road

 Où aller après Mars? 

Si je vous dis "encore plus loin".. on part pour le pays imaginaire, celui du magicien d'Oz.
Et donc fin du Mystère, qui donc est notre autre anglais encore plus connu et influent que David Bowie? 
Sir Elton John. Hé oui. C'est lui qui fut un temps a occupé environ 2% du nombre de disques vendus mondialement ( bon il a 31 albums solo, 5 albums de concert, 16 compilations ...) 

J'en ai déjà parlé ici au sujet du biopic qui lui est consacré, mais de toute façon, inutile de le présenter vu sa production musicale plus que conséquente.
Mais je dois reconnaitre que pendant très très longtemps je l'ai surtout perçu comme " chanteur du top 50", qui enchaînait des tubes calibrés pour la radio, et souvent un peu trop sirupeux pour moi, ce qui était le cas dans les années 1990. En fait j'ai toujours pensé que c'était un chanteur intéressant à la voix très agréable, et un pianiste ultra talentueux qui gâchait son talent dans ces chansonnettes banales. Avec de temps en temps une chanson dont je me disais " ho, mais c'est bien ça, dommage qu'il n'aille pas plus souvent dans cette direction". J'en ai eu confirmation en le voyant jouer du piano pour les glam-rockers de T-Rex, ou dans Tommy des Who version film, ce costume farfelu, je ne m'en lasse pas
 Et quelque part j'aime bien l'idée qu'un gars " banal", ni beau ni moche, un type comme on en croise des centaines tous les jours soit devenu une méga-vedette mondiale. Bon, sa voix expressive fait toute la différence.


Plus, en apprenant à jouer du piano, je me suis rendue compte que d'une part ses compositions sont moins compliquées à jouer que je ne le pensais, dans le sens où elles sont logiques car 
- écrites POUR piano (ce n'est pas une transpo d'un autre instrument qui donnerait des choses cheloues, ni des choses écrites par quelqu'un qui étant aussi bon guitariste que pianiste, se fout éperdument de faire quelque chose de facilement jouable ( aheum, par le plus grand des pas- hasards- du-tout, Prince et ses Condition of the Heart, ou Venus de Milo, magnifiques mais blindées de peaux de bananes harmoniques jazzy)
- composées par un auteur de formation classique dont des réductions et simplifications sonnent malgré tout bien, parce que l'essence est là. En clair, sur une structure classique, on peut enlever des notes pour alléger. La richesse sonore sera amoindrie, mais l'accord tiendra quand même debout. Tandis qu'enlever la peau de banane jazzy revient à perdre exactement la couleur de l'accord et toute la bizarrerie qui fait sa saveur

En clair, I'm still standing ou Song for Guy me seront plus rapidement accessibles que le jazz. Quand à Little Richard et ses tempos démentiels, on va attendre encore plus longtemps.


Une autre chose qui je trouve très intéressante, et là c'est parfait d'en parler en plein mois des fierté: son amitié et sa collaboration prolifiques avec son parolier Bernie Taupin. Une belle histoire d'amitié entre un homosexuel et un hétérosexuel, je trouve que c'est quelque chose qui se doit d'être souligné. Et c'est aussi probablement une des associations musicien / parolier les plus incroyables qu'ils soient. Séparément, ils ne sont pas aussi bons que quand ils bossent ensemble.

Et donc, célébrons donc les deux copains comme il se doit : avec un de leurs disques les plus fameux.
Playlist ici

 
Et franchement, j'ai adoré,  le premier titre, majoritairement instrumental, Funeral for a Friend/ love lies bleeding ( double titre pour deux ambiances) est magnifique. I've seen that movie too se détache aussi du lot. Sweet Painted lady est marrant, avec une touche d'accordéon totalement atypique dans le rock des années 70. Il mérite totalement son statut de disque majeur.
Cet album contient le méga tube Candle in the wind et le un rien moins connu mais célèbre quand même " Bennie and the Jets" et pourtant ce ne sont pas ceux qui m'impressionnent le plus.

PS: Bon j'ai parlé ce mois ci Brian Eno ( hétérosexuel mais qui pourrait être considéré comme genderfluid et jouait beaucoup sur le travestissement), de David Bowie (Bisexuel et extravaguant)  d'Elton John ( Homosexuel), de la BD Heartstopper ( panel de personnages LGBT), je suis entrain de lire une nouvelle de Vita Sackville West (lesbienne), j'ai une lecture sur Virginia Wolf (lesbienne et  petite amie de la précédente) en attente. Mon admiration pour Freddie Mercury ne s'est pas démentie depuis plus de 30 ans.

Ce n'était absolument pas prévu, mais mon mois anglais  a aussi inconsciemment suivi un fil directeur et pris une tournure "Mois des fiertés" 🌈, et c'est finalement très bien comme ça. Je suis en train de chercher un certain film ( surprise!) que j'espère pouvoir voir avant la fin du mois, et là, entre plusieurs possibles, j'ai absolument fait exprès d'aller cherche quelque chose qui  corresponde à la thématique LGBT.  Faudra que je trouve un moyen de caser Quentin Crisp et Neil Bunny Roger... tiens, pourquoi pas un sujet plus global sur les figures LGBT, le Royaume-uni a bien fait bouger les choses dans ce domaine, alors qu'il y a à peine plus de 100 ans, c'était un le risque d'aller en taule, voir le cas d'Oscar Wilde.