vendredi 17 juillet 2015

Festival D'Avignon 2015

Oui, car après la quasi abstienence volontaire de l'an dernier ( quasi,  car au final un ami venu pour le Festival m'avait emmenée voir une adaptation sur scène de "Alcools" d'Apollinaire, après que je lui ai dit d'accord, mais pas un one man show humoristique, ni du café-théâtre, pitié!Là, ça me convenait tout à fait et j'avais bien apprécié), cette année par chance mes jours de repos coïncidaient bien avec la période festival, j'ai donc pu en profiter.

J'ai donc pu voir:
Isabelle 100 Visages ( théâtre le Girasole, à 21h00 jusqu'au 26/07/15, une pièce inspirée de la vie de l'exploratrice Suisse d'origine Russe, Isabelle Eberhart, une femme d'avant garde née en 1877, et dotée d'une solide connaissance des langues étrangères par une famille partisane d'une éducation égalitaire pour garçons et filles. Lorsque sa famille , suspectée de sympathies communistes est chassée de Suisse, Isabelle s'installe en Algérie, pays qui la fascine depuis qu'un de ses  frères y est parti vivre alors qu'elle était encore enfant.
Là, elle apprend l'arabe et le berbère, devient journaliste , et se mêlant à la foule déguisée en homme, réaliste des reportage sur le désert, la vie des bédouins, la culture "indigène", se convertit au soufisme qu'elle fait connaître dans ses écrits. Puis rencontre Slimane, un spahi "indigène" ( un algérien mais de nationalité française, nous sommes à l'époque coloniale) qu'elle entend épouser, ce qui se fera avec grande difficulté, l'armée française la soupçonnant d'une part de vouloir par ce biais acquérir la nationalité française, et interdisant d'autre part les mariages mixtes. Mais face à l'adversité Isabelle ne renonce pas, quelle que soit la difficulté. Isabelle a existé a réellement eu une vie ( et une mort) des plus inhabituelles.
J'avais prévu d'aller voir la pièce, et comble de chance, j'étais avec deux amies de voyage, deux autres femmes qui ont la bougeotte, passionnées par les cultures étrangères. Un tel sujet ne pouvait que nous plaire. La pièce est dynamique, les acteurs investis et les changements de décor (l'éternel problème du off) plutôt pas mal intégrés à l'action. La pièce joue beaucoup sur les différentes langues ( français, allemand, russe, arabe), ça ne pouvait que me plaire. Je la recommande chaudement à tous les amateurs de voyage.


Cyrano de Bergerac ( Petit Louvre 22h00, jusqu'au 26/07). Incroyable, mais vrai. c'est une de mes pièces favorites, je l'ai lue, relue, vue en adaptation filmée, en captation.. et je n'avais pas encore eu l'occasion de la voir sur scène. c'est chose faite! J'ai beaucoup aimé cette version qui dure près de 2h00, bien qu'elle élague quelques passages ( par exemple la toute première scène d'exposition, avec les spectateurs de l'hôtel de Bourgogne, qui attendent le début de la pièce en commentant l'actualité. On passe directement à l'opposition Cyrano/ Montfleury, ou lors du siège d'Arras, l'évocation de la lointaine Gascogne), mais sans nuire à la compréhension ni à la narration, donc, à bon escient, afin d'adapter la pièce à la salle assez petite et au nombre réduit d'acteurs. J'ai beaucoup apprécié l'idée que cyrano porte non un nez postiche, mais un masque type commedia dell'arte, qui suggère son vilain nez en ne le montrant pas, et le fait qu'il soit suivi par un personnage sombre portant le même masque, qui joue du violon qui est à la fois la représentation de son humeur, et le liant musical entre les scènes. Une très bonne soirée!


Les Contes d'Hoffman (Petit Louvre 11h00, jusqu'au 26/07)
C'est un spectacle qui avait déjà été présenté l'an dernier, et dont je n'ai entendu que du bien . Absolument, 100% du bien. J'aurais du me méfier en fait. autant je viens de dire que l'adaptation de Cyrano dans la même salle était réussi, autant je n'ai pas vraiment apprécié celle ci.

Les chanteurs sont bien dans l'ensemble, la qualité de jeu aussi les décors minimalistes, pourquoi pas.. mais j'ai vraiment eu du mal à accrocher. Ce qui est encore plus frustrant, quand on entend à la sortie des avis enthousiastes et qu'on se dit "oui.. mais pas tant que ça". en fait c'est l'adaptation qui m'a gênée. Je vies d ele dire, la salle n'est pas grande, et il y avait en tout et pour tout 7 chanteurs- musiciens, difficile de représenter les choeurs, je le reconnais. Ils sont à tous les postes à la fois, multi talents ce qui est appréciable...mais déjà la plupart des tentatives d'adaptation avec vannes contemporaines sont tombées à plat pour moi ( et j'entendais les gens s'esclaffer), je n'ai absolument pas compris non plus pourquoi Coppelius est devenu une sorte de caricature de chinois à tresse façon Fu Manchu - une manière peut-être de suggérer que ses "yeux" sont de la gnognotte made in China, rétrospectivement je ne vois que ça, mais surtout c'est avec les coupes sombres que j'ai eu le plus de mal.

Raccourcir pour éviter de faire trop long,au delà du pléonasme, c'est quasi obligatoire au Off. Encore faut-il que ça soit bien fait. Or là... A croire que le public visé est surtout celui qui ne connaît pas l'opéra ( hormis le gugusse assis à côté de moi qui a passé le plus clair de la représentation à fredonner et à raconter à son voisin l'action, sans comprendre que les regards appuyés et les "chuts" lui étaient destinés). Manque de pot, mon point de vue est dans ce cas plus celui d'une musicienne que d'une amatrice de théâtre.
Raccourcir ok.. mais réduire les contes d'Hoffmann à 1h30, c'est un problème qu'ils ont réglé en coupant directement dans les airs y compris les plus connus, et non définitivement, ça ne me plaît pas.

Le premier choeur est réduit à portion congrue, l'échange de "politesses" entre Lindorf et Hoffman est parlé et non chanté, la chanson de Kleinzach perd un couplet, pareil pour celle de Coppélius ( j'ai des yeux). Plus grave car ce sont 2 airs très attendus: les chansons d'Olympia et Antonia sont aussi amputées d'un couplet chacune.
Sans raison apparente les actes d'Antonia et de Giulietta sont inversés...
La Barcarolle était entière.. mais au détriment de l'air de Dapertutto " scintille diamant" purement et simplement supprimé ( l'acteur brandit un énorme bijou.. sans explication aucune)

La musicienne, et particulièrement fan des contes d'Hoffmann, que je suis ne peux pas passer au dessus de ça. L'impression "pot pourri" qui en résultait m'a vraiment gênée. Pas mauvais, mais très insatisfaisant. Du coup entendre les gens pousser des "ho" et des "ha, ça a du demander des années de travail pour arriver à une telle perfection" ( ben oui, ce sont des chanteurs professionnels,  le chant, la musique, ça demande du travail.. le théâtre aussi d'ailleurs, vous pourriez également dire ça de la danse, ou de la peinture, hein... ) ça frustre encore plus, j'ai vraiment eu l'impression d'être trop difficile. Mais non, les coupes au milieu des morceaux, je ne peux pas dire que j'ai aimé ce spectacle, ce serait mentir.


La Locandiera ( Cour du Barouf, 12h45 du 11 au 15 juillet.. hé oui déjà terminé): une version enlevée et pleine de bonne humeur de l'histoire de l'aubergiste Mirandoline, courtisée de part et d'autre et qui se lance le défi de faire céder avec tout son charme, son culot et son aplomb l'un de ses clients, un chevalier, misogyne notoire. Il faut dire que l'accorte aubergiste a un bagout assez irrésistible.
Du festival off comme je l'aime, par une troupe amateur ( d'où la durée très restreinte de leur présence au festival je suppose) , une scène en planches dans une cour, des rideaux de scène en drap.. l'esprit théâtre de rue, bricolé joyeusement, des acteurs qui se font plaisir avant tout, une bonne pioche en somme.
Une bouteille à la mer: ( jusqu'au 23/07 à l'espace Roseau, 22h15) danses, chants musique et théâtre d'ombre de la préfecture d'Okinawa. Pour voir tout le bien que j'en pense, c'est sur mon blog Japon qu'il faut aller!

Une vie sur mesure ( Petit Louvre 16h55 les jours pairs): encore un spectacle qui revient au Off, dont j'ai entendu beaucoup de bien... et qui me laisse une impression mitigée. Moins qu' Hoffmann toutefois.
Cedric Chapuis, batteur, nous raconte l'histoire d'Adrien, enfant puis adolescent , dans une famille difficile ( violence familiale sur l'enfant et sa mère par " Bernard" qui a une nette tendance à la boisson). Le gamin est renfermé, plutôt naïf - sa situation familiale se comprend peu à peu, par petites touches - ce qui en fait  la risée de ses camarades.
C'est lorsque sa famille hérite des disques de jazz de sa grand-mère, héritage pourri aux yeux des adultes, inestimable à ceux d'Adrien- que le gamin qui s'exprimait déjà par la rythmique, va se découvrir une passion dévorante pour la batterie.
Le batteur est excellent, vraiment. Mais j'ai quand même eu du mal à accrocher au départ, comme toujours avec les personnages " touchants de naïveté" ( personnellement ça ne me touche absolument pas, j'ai plutôt envie de lever les yeux au plafond ). Au début, ce gamin n'a aucun sens commun, il apparaît plus con-con que naïf, ce n'est qu'en avançant dans la pièce qu'on comprend non seulement son environnement ( la batterie comme exutoire à la maltraitance, pourquoi pas après tout), mais aussi son état mental, et son incompréhension des normes sociales, conséquences des brimades scolaires et parentales.

 La conclusion est inattendue, mais logique,et replace le début dans une tout autre optique, et ça c'est une bonne chose. On comprend mieux les bizarreries qui s'accumulent tout au long.. mais j'ai quand même trouvé le personnage assez relou par moment, très bien interprété, mais c'est juste que ce genre de personnage n'est pas ma tasse de thé.
Donc bien interprété, un musicien excellent, une conclusion intéressante, tout s'explique - y compris sa tenue-  mais j'ai eu du mal à y rentrer, parce que le format " seul en scène" n'est pas trop mon rayon,  et que j'ai du mal avec les personnages un peu nigauds, tout simplement.



La Grue, la grenouille et le corbeau ( Garage international à 13h00 jusqu'au 24/07): sous ce titre façon Fable de La Fontaine se cache un spectacle de danses japonaises. Très différent des danses d'Okinawa vues dimanche.  Cette fois ce sont des dans plus classiques, et narratives, l'histoire de la grue ( qui se dépouille de ses plumes pour faire un vêtement à quelqu'un en remerciement d'un service rendu, mais évidemment, sans plumes, elle ne peut plus voler), celle du Serpent et de la Grenouille ( une grenouille, sur le point d'être mangée par un serpent lui raconte que son père à été mangé par un oiseau, et que la famille Grenouille a besoin de tous ses membres pour mettre en place sa vengeance.. et contre tout attente, la ruse de la grenouille marche) , et "un jour de la vie d'un corbeau " ( pas d'explication pour celui là, mais vu qu'il y a des éventails verts et un rouge que le corbeau grignote et perd.. j'en déduis que les corbeaux japonais valent bien celui qui tenait en son bec un fromage).
La troupe d'Egiku Hanayagi revient régulièrement au festival, et j'aime bien aller voir leurs nouvelles créations, bien que je manque de clefs pour tout comprendre ( même avis des deux copines de cours de japonais qui étaient avec moi). La grue était le plus classique, le corbeau pas toujours évident à comprendre (mais d'un dynamisme agréable) par contre j'ai beaucoup aimé la grenouille, la danseuse est très expressive et s'amuse visiblement beaucoup dans son rôle de grenouille manipulatrice. Vraiment la chorégraphie qui nous à le plus plu, de nos 3 avis communs.

Le Revizor (Le petit Louvre 16h50) et dernière pièce pour moi de ce festival, j'amorce mon futur mois russe de cet automne avec une pièce célèbre, que je n'avais pourtant pas vue, de N. Gogol. La charge contre l'administration corrompue à tous les niveaux est féroce et toujours d'actualité, bien que la pièce soit condensée pour 6 acteurs et un pianiste. Je pense que je mettrais le texte intégral au programme de septembre.

Bon festival donc 7 pièces, en gros 2/semaine ce n'est ni trop, ni trop peu.. l'avantage d'habiter sur place, le désavantage étant de ne pas avoir pu prendre 2 ou 3 jours de vacances pour en profiter mieux, il a fallu jongler avec les jours de repos pour aller voir ce qui était en début d'après midi à ces moments là. Mais avec quelques jours de plus, je ne serai pas forcément allée en voir beaucoup plus, pour une question de budget limité... et de grosse chaleur qui fait que j'ai quand même préféré passer quelques après midis sur le canapé devant le ventilateur, plutôt que d'aller faire la queue sous le soleil à 12h30.
Le hasard a fait que la moitié des pièces vues étaient présentées dans la même salle, à moins de 10 minutes de chez moi.. et que les 2 mini-déceptions étaient là pour le coup. Mais Le Petit Louvre est une des salles dont je suis en général la programmation, j'y trouve assez souvent quelque chose qui me tente.

Rendez-vous l'an prochain, avec la possibilité de poser quelques jours je l'espère...

1 commentaire:

  1. je regrette de ne pas avoir vu cette Locandiera!

    Et ... RDV l'été prochain!

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Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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